Thursday, September 02, 2010
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Le Secrétaire exécutif de l'ACBF accorde un interview au CIRES-CAPEC en Côte d'Ivoire

 

Dr Edwin FORLEMU, Secrétaire Exécutif par intérim de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF), a fait, récemment, une escale de quelques heures en Côte d’Ivoire. Il a été accueilli à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny par les Professeurs Aké N’GBO et Mama OUATTARA, respectivement Directeur de la CAPEC et Directeur du CIRES. Au cours de cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder, il situe l’importance du renforcement des capacités dans le développement des pays africains et relève à travers les grands axes de son programme d’activité, les différents défis qui attendent la Fondation



Monsieur le Secrétaire Exécutif, peut-on avoir une idée de votre mission à Accra

Ma mission à Accra répond à deux objectifs principaux. D’abord, j’y vais pour renforcer les relations entre l’ACBF et le Gouvernement du Ghana qui est membre fondateur de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF). Le Ghana n’a pas encore annoncé son appui pour le financement du nouveau Plan Stratégique à Moyen Terme (PSMT 2007-2011) de la Fondation. Au cours de ma mission à Accra, je vais persuader le Gouvernement du Ghana à accepter de financer notre PSMT qui couvre la période 2007-2011. Ensuite, je vais au Ghana pour rencontrer les responsables des projets et programmes que nous appuyons au et explorer dans quelle mesure renforcer notre intervention au Ghana.

Comment se portent, en général, les projets que vous financez ?

En général, le portefeuille des programmes et des projets de la Fondation est en bon état. Cependant, nous avons de nombreux défis parce que le domaine du renforcement des capacités implique pour bon nombre de projets et programmes la nécessité de maîtriser des outils de gestion de leurs activités.


Que renferme le terme ‘’renforcement des capacités’’ qui se trouve être galvaudé un peu partout aujourd’hui ?

Le renforcement des capacités consiste à acquérir les compétences humaines, les structures, les systèmes, les institutions, et les règles du jeu qui permettent de faire avancer nos pays. Le renforcement de capacités passe par la mise en place des capacités humaines et institutionnelles ou la consolidation des capacités existantes. C’est à cela que la Fondation s’attèle méthodiquement depuis sa création en 1991. Nous pensons que le rôle de la Fondation est vraiment important parce que sans le renforcement des capacités, nous voyons mal nos pays sortir de la pauvreté.

Peut-on avoir une idée du coût du financement de tous vos projets ?

Nous avons engagé près de 400 millions de dollars depuis la création de la Fondation. Les financements de ces projets, qui couvrent de larges échantillons de domaines, vont de 50 mille dollars à 8 millions de dollars. Nous avons six domaines clés, à savoir : l’Analyse et gestion de la politique économique; l’Administration et gestion des affaires publiques ; le Renforcement des statistiques nationales et des institutions statistiques ; le Renforcement des capacités d’analyse des parlements nationaux et des institutions parlementaires et la Professionnalisation de l’expression du secteur privé et de la société civile. Tous les projets (plus de 150) couvrent ces six domaines dans tous les pays d’Afrique subsaharienne, allant du Soudan en Afrique du Sud, et de la Mauritanie en Ethiopie, voire même l’Erythrée.

Quelles sont les conditions d’accès au financement?

Pour résumer, je dirai qu’il faut, entre autres, la preuve de l’engagement du gouvernement aux réformes économiques. Il faut qu’on ait la preuve qu’il existe un besoin réel qui peut bénéficier de l’appui de la Fondation. Notons que l’engagement du gouvernement doit être également évalué au niveau de sa capacité à contribuer au financement du projet. Il doit être prêt à cofinancer le projet dans la mesure où on parle d’appropriation. Il y a également la question liée à la priorité du projet vis-à-vis de notre plan stratégique à moyen terme. Si c’est un projet qui s’inscrit dans les différents domaines de compétences de la Fondation, nous sommes prêts à le considérer pour financement. Cependant, il convient de préciser qu’un projet éligible pour son financement ne veut pas dire qu’il sera approuvé par le Conseil d’Administration. Tout dépendra du projet. Dans la pratique, le Secrétariat de la Fondation évalue les projets qui lui sont soumis. Si l’évaluation d’un projet s’avère concluante, le Secrétariat présente ledit projet à son Conseil d’Administration pour approbation.

L’un des défis majeurs pour tous les Bailleurs de Fonds, en général, est la question de la pérennisation des projets. Qu’en est-il pour l’ACBF ?

Effectivement, c’est un défi important à relever. C’est même au cœur de nos interventions. Lorsque nous appuyons la création d’un projet, nous avons tendance à toujours vérifier si le bénéficiaire potentiel du projet a déjà posé des jalons pour que le projet soit viable à moyen et à long terme - non seulement sur le plan financier, mais également sur le plan institutionnel. C’est donc un facteur très important, mais en même temps difficile à appliquer. Vous savez, le renforcement des capacités est en fait un bien public. On ne peut facilement le mettre sur le marché. Cela prend du temps. Il faut être humble dans cette perspective. La plupart des Bailleurs souhaitent que les projets soient viables à long terme, mais j’aimerais savoir s’il existe une université dans le monde occidental qui est viable à long terme sans l’apport de l’Etat ou les apports des Anciens de cette université? Si nous partons du principe qu’il faudrait essayer de mettre en place des stratégies de pérennisation, cette pérennisation ne peut pas être pour demain. Mais nous savons que pour éviter le risque moral que cela implique, il faudrait d’emblée, à la présentation du projet, prévoir des stratégies de recouvrement du coût, des stratégies qui permettent d’encourager les bénéficiaires à vendre leurs produits ou services en vue de réduire leur dépendance financière, non seulement vis-à-vis de l’ACBF, mais également vis-à-vis d’autres potentiels partenaires. Nous-mêmes à l’ACBF, on nous pose la même question de savoir si nous pouvons nous pérenniser en tant que Fondation. Ce n’est donc pas facile et c’est pour cela que tous les 5 ans, il nous faut convoquer une conférence des bailleurs. Pour nous, la solution serait d’avoir une dotation budgétaire plus ou moins en long terme. Mais il faut d’abord passer par ce cycle de financement et là si notre réputation est bien assise, cela nous permettra de mobiliser plus de ressources à moyen et à long terme. Cela va de soi avec les projets et programmes que nous finançons. Je suis de ceux qui estiment qu’à court terme il sera difficile de s’attendre à ce que le projet soit pérenne, mais à moyen et long terme, il faut que le projet puisse être à même de démontrer qu’il dépend de moins en moins des ressources de la Fondation.

Avec cette recherche de l’autonomie des structures, ne court-on pas le risque de la baisse de qualité des projets ?

Ce n’est pas parce qu’un projet tend à être autonome qu’il recevra de moins en moins de financement. Ce n’est pas automatique. Cela pourrait être même le contraire. C’est vrai que lorsqu’un projet dépend de plus en plus de l’Etat, il peut arriver que les ressources ne soient plus disponibles. Cela est possible, mais nous pouvons aussi envisager des possibilités d’avoir des projets et programmes qui réalisent deux exploits de manière simultanée : D’abord, ils peuvent attirer des ressources du secteur privé ou d’autres fondations hors d’Afrique. Ensuite, on peut envisager la possibilité qu’un projet puisse être à même de générer des ressources propres, c’est-à-dire d’avoir des consultations qui lui apportent des ressources pouvant être investies.

Quels défis renferment votre fonction de Secrétaire Exécutif de la Fondation?

Etre Secrétaire Exécutif de la Fondation pour le renforcement des capacités est un grand défi. Après la BAD, comme institution de financement surtout du secteur public en Afrique, vous avez l’ACBF qui vient même avant l’Union Africaine qui, elle, est une structure politique. C’est donc un grand mandat. Pour ma part je suis honoré de la confiance que m’ont accordée les Administrateurs de la Fondation. Vu les besoins énormes dans le domaine de renforcement des capacités en Afrique subsaharienne, nous recevons beaucoup de demandes et il faut pouvoir opérer un équilibre assez délicat. Il faut être toujours attentif pour pouvoir y répondre. C’est pourquoi l’un de mes objectifs principaux, depuis ma prise de fonction (en janvier 2008), a été la mobilisation de ressources supplémentaires pour la Fondation.

Il faut noter que je suis intérimaire jusqu’en janvier 2009. Le temps est donc court pour moi, il me faut multiplier les efforts pour pouvoir atteindre les objectifs. Entre autres objectifs, j’envisage la mise en place d’un système politique du genre pour m’assurer que le facteur genre est pris en compte dans toutes les facettes de la Fondation. Que ce soit au niveau des opérations, du recrutement et des ressources, il faudrait que le facteur genre soit au cœur de nos actions.

J’entends, en outre, entreprendre la réforme du système et de nos règles internes. Tant au niveau de la gestion financière que des décaissements en faveur des projets. Nous voulons également avoir des actions axées sur les résultats. C’est-à-dire: développer des indicateurs de performance qui sont applicables non seulement à l’échelle de la Fondation, mais également à l’échelle des projets et programmes que nous finançons, car c’est sur la base des résultats que nous serons évalués par les Bailleurs et mériter leur confiance.

Il nous faut également rehausser le moral du personnel pour qu’il sente le nouvel élan qu’amorce la Fondation. Il faut que le personnel sente qu’on est prêt à les écouter et qu’on est sensible à leurs préoccupations. Pour moi, c’est un grand défi parce qu’on ne peut pas ne pas impliquer le personnel dans tous les domaines. Par ailleurs, nous devons être prêts à explorer d’autres horizons. Parler de renforcement des capacités dans le secteur public, de l’analyse économique, c’est important, mais c’est galvaudé. Je pense qu’il faut aussi considérer le renforcement des capacités du secteur public en matière de gestion du changement climatique par exemple. Le problème en Afrique, c’est non seulement une question de gouvernance, mais également une question liée au manque de leaders. En termes de capacité de leadership, il nous faut créer de nouvelles générations de leaders qui puissent être à même de mieux gouverner nos pays.

Que comptez-vous faire pour la Côte d’Ivoire dans cette période post-crise?

Nous avons en projet de monter un programme en collaboration avec les autorités ivoiriennes. Nous sommes en train de discuter des perspectives d’intervention dans plusieurs domaines simultanément pour en faire un programme. Nous reviendrons bientôt en Côte d’Ivoire pour rencontrer les autorités afin de pouvoir mettre en œuvre, cette année, ce projet qui est très important pour nous.

Propos recueillis par Mayane YAPO
Chargée de Communication et de la Visibilité de la CAPEC


 

 

 

 
 
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